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Barque de pêcheurs sur le fleuve Niger
Barque de pêcheurs sur le fleuve Niger

Enfin…

Second séjour à Niamey et l’ambiance est un peu moins studieuse. Pour la première fois depuis que j’ai posé les pieds dans cette ville, j’ai l’occasion de vadrouiller.

Ni une, ni deux, je prends mon sac photo qui commençait à se demander si je ne lui faisais pas un peu la tête. Comme il est 17h30 en ce samedi et que le soleil commence à se rapprocher de l’horizon, je décide de partir à l’exploration des rives du fleuve dont j’ai un bel aperçu depuis la fenêtre de ma chambre. Pour se faire, c’est simple : sortir de l’hôtel, remonter un peu le boulevard et prendre la première rue qui redescend vers le fleuve.

Comme je le pressentais, je commence à peine ma descente dans cette rue que je suis abordé par un « mendiant ». Il a à peu près 15 ans, il lui manque une jambe. Je pourrai essayer de l’écarter, mais ce n’est pas certain qu’il ne me suive pas et cela laisserait la place libre à d’autres. Bref, puisqu’il est là, je le garde, il n’attend rien d’autre qu’une pièce qui tombe et va me servir de guide dans le quartier dans lequel je m’aventure.

Mon objectif est de mettre les pieds sur les berges du fleuve. Bien qu’étant à Niamey, il n’y a pas de berge en dur. Le fleuve dispose d’un lit assez large et monte et descend rapidement en fonction des pluies sur son bassin. Alors que la rue m’amène doucement vers les berges, je remarque que ces dernières ne sont pas exactement des terrains libres d’accès. Beaucoup y ont établi leur demeure ou exploitent la zone. On y trouve quelques cultures, variées mais toujours en petites quantités (maïs, manioc, tomates, etc.). L’eau, le soleil et l’ombre n’étant pas des ressources rares ici, il est possible de tout faire pousser. Les cultures ne sont cependant pas l’utilisation principale des sols : de nombreux « pépiniéristes » pratiquent en effet les cultures des diverses plantes (manguiers par bouturage, etc.) afin de les revendre sur le bord du chemin.

Bande du « rwa » lion
Bande du « rwa » lion

Grâce à mon « guide », je découvre ce quartier mitoyen de mon hôtel de luxe, pénétrant des endroits que je n’aurai pas jugés accessibles. L’intuition de venir en ces lieux était bonne du point de vue photographique. La lumière déclinante est belle, les sujets ne manquent pas. Si je n’ai aucun problème à m’aventurer sur les berges afin d’obtenir des images de pêcheurs sur le fleuve, je ne parviens pas à tirer de portrait « à la sauvette ».Même si les occasions de réaliser de belles images se présentent en masse, je ne me sens pas le courage de « voler » ces images. Je ne sais pas si Steve McCurry et consorts prennent le temps de faire connaissance avec ceux qu’ils rencontrent ou si ils ne s’embarrassent pas de ces considérations, mais j’aimerais bien savoir.

A proximité, mais pas trop près
A proximité, mais pas trop près

Bon, il faut bien modérer mon propos par le fait que les enfants, lorsqu’ils sont en bande, sont toujours demandeurs d’avoir leur portrait tiré. Bien qu’à quelques milliers de kilomètres des rives du lac Issyk-Kul (Kirghizstan), je revis la même scène avec une bande du quartier. Je réalise quelques images en pleine rue avec des enfants qui se précipitent dès l’image est prise afin de voir le résultat sur l’écran de l’appareil. Chose curieuse, celui des enfants qui porte une veste est ici aussi celui qui est exclu du groupe et qui cherche à venir sans pouvoir trop s’approcher. Le port du costume serait-il en fait un signe international de marginalisation ?

Au-delà de l’intérêt photographique de cette sortie, je ne peux qu’être interpelé par le contraste de ma présence en ce milieu défavorisé mais pourtant pas hostile. Même si a priori je suis une cible facile, je suis plutôt bien toléré : on me regarde, mais on discute avec moi, surtout pour essayer de m’inviter à faire un tour en pirogue sur le fleuve (moyennant finances, bien évidemment). Si les Nigériens sont plutôt pacifiques et accueillent volontiers les étrangers, tous les européens n’ont pas eu droit au même traitement : un d’entre eux fut dépouillé le soir même dans un autre quartier, mais ce genre d’incident reste rare dans ce pays.

Un européen ne pourra pas s’empêcher de noter le contraste violent qui oppose ces rues à celles de nos grandes villes. Si nos existences mettent en avant l’opulence et le bien être matériel, les contacts entre individus se résument à bien peu de choses. Votre voisin à Paris est bien plus facilement identifié comme une menace que comme une personne avec qui vous iriez volontiers discuter au bar du coin. Ces rues de Niamey m’offrent le spectacle opposé : les gens semblent pauvres matériellement parlant, mais ca grouille de vie. Là où il y a absence de richesse matérielle, il y a richesse sociale. Je n’apporte rien de nouveau à ces discussions, mais l’ayant vécu moi-même, je ne peux que me demander si de 1850 à nos jours, nous n’avons pas perdu quelque chose de fondamental avec l’avènement de la société de consommation… Après tout la richesse n’est finalement qu’une histoire de référentiel, lesquels d’eux ou de nous sont-ils les plus riches ? Lesquels ont-ils besoin de copier l’autre ?

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