Traversée de la Jordanie

Deux ans, du moins si j’exclus une petite semaine passée à réaliser des travaux dans mon appartement, c’est le temps qui sépare mes deux dernières réelles vacances. Il va sans dire qu’elles étaient plus qu’attendues.

Comme j’avais envie de me vider la tête, ce fut donc la randonnée qui a été l’objet de mon choix. Première difficulté, choisir une destination… C’était la bonne saison pour partir au Népal, mais j’avais quelques doutes sur ma condition physique, en particulier la résistance des genoux. Je me suis donc rabattu sur une destination moins sportive, mais tout aussi intéressante : la traversée de la Jordanie. Au programme, l’incontournable Petra, puis le voyage à proprement parler à savoir la traversée du Wadi Araba et du Wadi Rom.

Petra

D’Amman à Petra, la route nous a amenés à voir l’Église Saint George à Madaba, le mont Nebo dont nous avons décliné la visite car totalement embrumé (brume qui visiblement n’a pas freiné des armées de touristes venus contempler l’hypothétique vue sur Israël) et le fort de Kayrac, haut lieu des croisades (et des courants d’air).

Le soir même, nous avons établi notre camp près de Petra, dans un campement quasiment en dur de bédouins, dernier endroit disposant de douches.

Personnellement, je me voyais déjà entrer dans le défilé tel Indiana Jones sur son cheval au galop, pas nécessairement poursuivi par les nazis (il faut rester réaliste). Il est certes possible d’entrer à cheval, mais le galop est réservé aux locaux qui ramènent leurs chevaux prendre de nouveaux touristes à l’entrée du site. La descente se fait à un rythme plus proche du promène couillon.

J’ai dans ma vie professionnelle côtoyé des personnes ayant une expérience certaine et qui m’ont conté leur visite des principaux lieux touristiques mondiaux au temps où le tourisme de masse n’existait pas. Je partais donc avec l’idée de voir Petra comme on me l’avait décrit. Les temps ont naturellement changé. Petra est devenue une destination prisée. Avoir la possibilité de s’engager seul dans le sik (défilé très étroit) qui mène au Khazneh Firoûn (le trésor du pharaon) est une chose que très peu auront l’occasion de vivre à l’avenir. Alors, mon aversion pour l’homo touristus ne fait que croitre, mais il faut avouer que découvrir le trésor au fond du syk reste une expérience marquante, même dans ces conditions. J’en avais vu des images à plusieurs reprises, je savais donc à quoi m’attendre, mais vivre la découverte du lieu reste un instant magique. J’envie ceux qui auparavant ont pu faire le chemin seuls et découvrir le lieu dans le calme sans même savoir ce qu’ils allaient voir.

Le soir même, nous escaladons les hauteurs et nous retrouvons avec une nouvelle vue sur le trésor, avec cette fois aucun touriste à nos cotés puique ces derniers sont toujours massés « en bas ». Il a fallu faire quelques détours pour trouver l’endroit. Le retour ne s’est pas fait par le même chemin, personne ne s’est dégonflé quand il était question de prendre un raccourci entre deux falaises pour descendre en bas. La police locale ne nous a pas tenue rigueur de notre sortie des sentiers battus : le panneau qui interdisait le chemin pour raison de sécurité se trouvait en bas et non pas en haut ! Avec un peu de mauvaise foi, nous pouvions défendre notre cas et dire que nous n’étions pas au fait du danger encouru.

Petra mérite au moins 2 jours sur place. La ville et ses ruines sont suffisamment étendues pour y passer plusieurs jours. Little Petra, située à quelques kilomètres mérite également un détour, d’autant plus qu’elle est peu fréquentée et permet donc d’appréhender le lieu d’une manière plus « intime ».

Si le Khazneh Firoûn est un moment fort de la visite de la ville, il n’est pas le seul. Le second jour, nous partîmes de notre campement au petit matin à flanc de montagne pour arriver sur les hauteurs de Petra et tomber sur El Deir (le Monastère) bien avant l’arrivée des touristes, qui eux, ont plusieurs centaines de marches à enjamber avant d’arriver en haut. Personnellement, je ne savais pas ce qu’était « le Monastère », donc la surprise fut entière. Je ne m’attendais pas à ne serait-ce qu’imaginer qu’un tel monument puisse se trouver là-haut. Alors, avoir la chance de prendre son repas face à lui avec un minimum de touriste à proximité, ce fut un réel luxe !

J’étais parti en prévoyant peu de vêtements adaptés à la pluie. Si les journées furent ensoleillées, les premières soirées se sont souvent soldées par d’importantes chutes d’eau. Je pus constater que mon inadéquation aux conditions météorologiques était partagée par les bédouins dont les tentes étaient tout sauf étanches…

Au final, je reste indécis quant à mon appréciation. Le lieu est évidemment magique, mais sa dérive économico-touristique aura gâché une partie de mon plaisir. Après tout, que dirait Louis XIV si il voyait les nuées de visiteurs s’aventurant dans son château ?

Wadi Araba

Le jour du départ aurait pu être comme les précédents. Nous nous sommes rendus une fois de plus à Petra, puis dans le sik, et avons retraversé la ville. Arrivés à proximité du Temenos, nous avons pris un sentier qui nous a permis de quitter la ville. Rapidement, nous quittâmes la cohue pour plus de tranquillité.

Première étape, l’ascension du mon Aaron, pour y découvrir la tombe d’Aaron (vous l’aviez deviné), frère de Moïse. Personnellement, je ne puis m’empêcher de sourire en arrivant sur le tombeau. Nous sommes ici en terre musulmane et Aaron y est respecté, mais son tombeau est de style musulman et donc coiffé du traditionnel croissant. Quel curieux destin pour celui qui fut le frère d’un des personnages majeurs du judaïsme.

La descente du mont Aaron a réellement marqué le début du voyage. A partir de là, nous avons quitté la civilisation et seuls notre accompagnateur, notre guide, son âne et bien sûr les quelques bédouins qui y vivaient dans la région furent nos compagnons de route. S’en suivent plusieurs jours de marche, ponctués de pauses « thé » et autres nuits à la belle étoile. Parlant de nuits à la belle étoile, si le concept est séduisant, la réalité réserve bien des surprises. Première nuit, transformé en gros ver, je dormais à l’écart sous mon arbre. Après quelques heures, je fus réveillé par des grognements à proximité. À environ 15 mètres de moi, j’entendais un animal d’une taille certaine (un chien de taille moyenne je dirai) pousser des « cris » inconnus dans mon guide mentale du bestiaire. Alors, dans ces conditions, on peut se montrer optimiste : étant donné que le plus gros animal que l’on puisse trouver dans cette contrée est le loup, et comme le présent « cri » ne correspond pas, j’en déduis que l’animal est forcément plus petit ! Enfin, sur ces considérations, je me sentais quand même idiot, bien emmailloté dans mon sac de couchage, avec seul mon visage qui dépassait… Au petit matin, nous avons trouvé un pigeon décapité à proximité d’une tente, je n’avais donc pas trop exagéré la taille de l’animal 😉

Dans la même veine, je conseille à ceux qui tenteront l’aventure, que l’abus de thé en soirée présente quelques désagréments en pleine nuit. Il est toujours très désagréable de ressentir une envie pressante en étant engoncé dans son sac en costume de bébé… Là, on trouve rapidement un intérêt à avoir choisi une « chambre » un peu à l’écart du reste du groupe !

Les grands voyages sont aussi l’occasion de grandes premières… Un appétit soudain pour terminer le premier des livres que j’avais emporté avec moi, Je, François Villon de Jean Teulé m’a valu une réputation de fou de lecture. À peine celui-ci fini, je me suis procuré Le magasin des suicides du même auteur dans le sac d’un autre voyageur.

Ce fut en descendant une gorge que Salama (notre guide) m’a proposé de monter sur son âne, un sympathique quadrupède âgé de 2 ans. La première tentative ne fut pas réellement fructueuse : afin de prendre un peu de hauteur pour l’enjamber, nous le mîmes au bord d’une grosse marche en sable (nous étions dans le lit de la rivière), au moment où j’ai levé ma jambe, mon poids s’est transféré sur l’autre jambe et la marche a cédé… J’ai glissé sous l’âne… Fou rire garanti… Deuxième tentative, je choisis un endroit plus solide, je gravis la bête et nous partîmes pour quelques mètres… Je précise qu’il n’y avait pas de selle ni de rênes, et donc, au bout de quelques pas de l’animal, je glissai et m’étalai à coté de mon destrier… Le moment a naturellement été immortalisé par ces petits appareils qui permettent de filmer, vous comprendrez bien que je garderai les preuves pour moi seul… Troisième tentative… Ce fut la bonne : mon âne allait devoir supporter pendant quelques minutes mes 75kg. J’avais rêvé d’être Indiana Jones entrant à Petra au galop, je me suis contenté de mimer le Christ entrant à Jérusalem sur son âne. J’ai d’ailleurs échappé à la crucifixion, Émilie ayant réussi à être plus insupportable que moi…

Wadi Rom

Le Wadi Rom est un lieu bien plus touristique que le Wadi Araba. On ne peut y entrer que par le village de Rom avant de s’engager dans la vallée principale et ensuite vadrouiller à loisir. Repasser par la « civilisation » était une étape obligatoire mais dont je me serai bien passée afin de continuer sur la lancée du Wadi Araba. Ceci étant, au bout de 24h, nous étions de nouveau dans des endroits sans apercevoir le moindre groupe à l’horizon.

La première nuit fut dans un camp dans lequel nous étions majoritaires. Ce fut l’occasion pour certains de bénéficier d’une douche chaude. L’eau chaude étant issue de l’énergie solaire, chacun est invité à en faire le meilleur usage. Comme dit le proverbe « Trop bon, trop con», j’aurai du jouer un peu plus des coudes pour m’assurer une place avant les filles. Passant dans les derniers, j’ai du me contenter d’un filé d’eau très tiède dans une douche sombre puisque le soleil s’était couché. Je n’ai jamais su de quelle couleur était l’eau qui coulait de mes jambes, mais il était peut être préférable que je ne le sache pas.

Le désert réserve parfois des surprises. Un moment où je regardais la montagne au loin devant moi, je pensais que mes lunettes étaient sales, un zone verticale floue  était présente. Puis, je m’apercevais que le flou se déplaçait. J’avais en face de moi, une tornade qui faisait son chemin…

Les dunes de sable font partie des pires exercices physiques. 90% de l’énergie dépensée disparait avec le sable qui se dérobe sous vos pieds. Elles sont hautes, mais pas tant que cela. Pour autant, l’impression qu’on n’en arrivera jamais à bout ne tarde pas à se manifester. Si la monté est un calvaire, la descente peut être particulièrement fun lorsqu’on s’y élance en courant, et en faisant des grands bons en avant vers le haut pour faire des chutes des plusieurs mètres dans le sable, c’est réellement impressionnant et sans douleur. Sinon, il est possible de s’élancer à 2 en se tenant par la main ou les sacs : la chute est garantie !

Le dernier soir fut l’occasion de faire la fête dans le désert. Il est tout à fait possible de mettre la musique à fond (enfin brancher les iPods sur l’adaptateur FM et mettre la sono à fond, jusqu’à épuisement de la batterie) sans déranger les voisins. Normal, il n’y en a pas ! ensuite, transformez la gallerie d’un 4×4 en piste de dance, ou faites des rondes autour du feu qui tournent de plus plus en plus vite, et vous aurez une idée du bon moment qu’on a pu passer.

Les nuits dans le Wadi Araba et le Wadi Rom sont mémorables. La dernière résuma bien les précédentes : niché sur ma corniche, emmitouflée dans mon sac de couchage, les yeux rivé dans les étoiles, l’iPod dans les oreilles diffusant « Everloving » de Moby dont j’ai abusé, je comptais les étoiles filantes pour m’endormir. Le réveil face au désert, ses couleurs, ses djebels baignant dans la lumières chaude du matin fait partie des souvenirs que je ne suis pas prêt d’oublier.

Terre d’Av

Une petite gueulante contre Terre d’Av. Si le voyage était quasiment parfait, le montant des frais obligatoires mal documentés m’a cependant « refroidi » : entrée dans les sites touristiques (Petra, église de Saint George à Madaba…) ainsi que les pourboires des différents intervenants (guides, chauffeurs, accompagnateurs) m’ont rappelé les technique que l’on peut inventer pour baisser artificiellement le prix d’un service. Personnellement, je ne m’attendais pas à cela de la part de cette agence de voyage.

Quelques semaines plus tard

Un de mes objectifs était de tester la résistance de mes genoux. J’avais déjà éprouvé par le passé certaines douleurs pendant des phases montagneuses de randonnées, le phénomène s’est répété. À mon habitude, les douleurs se sont estompées au bout d’une grosse semaine. Cependant, de retour à Paris, même si je n’éprouvais plus aucune douleur, courir derrière le bus pour le rattraper n’était pas une bonne idée pendant au moins 3 semaines. Bref, il est grand temps d’envisager le Manaslu (Népal) avant de ne plus être capable que de le contempler dans des catalogues.

La suite…

Alors, maintenant que la Jordanie fait partie des souvenirs, que sera la suite ? Le Népal avec le Manaslu plutôt que la tournée des Anapurnas ? Le Kamtchatka qui continue à me faire du pied ? La terre de feu ? Ou même les anciennes républiques soviétiques ? Ça pourrait être également certains pays d’Afrique, car si j’en ai visité certains de manière très partielle, le Niger par exemple mériterait une plus longue randonnée (moyennant une bonne résistance au soleil et aux hautes températures). De plus, même si j’ai déjà promené mes souliers dans une grande partie des parcs de l’ouest américain, ces grands espaces me manquent. J’aimerais retrouver ces sensations si particulières face à l’immensité. Il doit bien y avoir d’autres endroits sur terre qui offrent un tel spectacle, je ne les ai pas encore trouvés. Au pire, je sais où retourner !

(Photos à suivre…)

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